L’Afrique subsaharienne s’apprête à accueillir 748 millions de personnes supplémentaires au cours des vingt-cinq prochaines années, posant avec acuité la question de la transformation de l’urbanisation en levier de productivité et de prospérité. Lors du lancement à Abidjan du rapport de la Banque mondiale consacré aux villes et à l’emploi, les autorités ivoiriennes et les représentants de l’institution internationale ont souligné que le défi majeur réside non pas dans l’urbanisation elle-même, mais dans la capacité à surmonter les dysfonctionnements structurels qui freinent le développement économique des métropoles.
Intitulé « L’éveil urbain de l’Afrique subsaharienne : catalyser la croissance économique et la création d’emplois », ce rapport, remis officiellement au Premier ministre Beugré Mambé, s’articule autour de trois piliers fondamentaux : la disponibilité des infrastructures urbaines de base (incluant les réseaux d’assainissement, de transport, d’électricité et de gestion des déchets), un cadre réglementaire incitatif pour le secteur privé, et la capacité à mobiliser des capitaux privés pour financer le développement. À Abidjan comme dans l’ensemble de la région, la productivité urbaine reste plombée par l’insuffisance des infrastructures, l’étalement urbain non maîtrisé et la dispersion des emplois loin des bassins de population a fait remarquer le porte parole des coauteurs du Rapport, Michel Matera, spécialiste principal de la gestion des risques de catastrophe à la pratique mondiale de la Banque mondiale pour les réseaux sociaux, urbains, ruraux.
Qauant à Marie Chantal Uwanyiligira, directrice de division pour la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Togo et le Bénin, du groupe de la Banque mondiale, pour remédier à ces carences dans les grandes agglomérations, l’action publique doit s’orienter vers une concentration des investissements dans des zones stratégiques dotées d’un fort potentiel économique, telles que les quartiers d’affaires existants ou les espaces littoraux. Cette approche, dit-elle, intégrée nécessite une coordination étroite entre l’État et les collectivités territoriales, couplée au développement de systèmes de transports en commun de grande capacité pour mieux connecter les zones résidentielles aux bassins d’emploi et intégrer les services informels.
Parallèlement, la maîtrise de la croissance urbaine impose d’anticiper l’expansion des périphéries et de structurer les villes secondaires, qui regroupent 245 millions d’habitants mais peinent à atteindre une taille critique. Cela passe par une planification rigoureuse via des schémas directeurs, tels que ceux mis en place pour le Grand Abidjan, afin d’éviter la dispersion des ressources et de garantir que les infrastructures précèdent l’installation des ménages et des entreprises.
Au dire du ministre de la Construction et du cadre de vie, Moussa Sanogo, la sécurisation et l’aménagement du foncier constituent le socle indispensable pour dynamiser les transactions et attirer les investissements privés. En modernisant la gouvernance foncière et en viabilisant les terrains avant leur occupation, la Côte d’Ivoire entend transformer ses métropoles en véritables moteurs de création de richesses, démontrant que l’urbanisation africaine peut devenir une opportunité durable pour les générations futures.
