L’Asie en développement confirme sa suprématie sur l’échiquier financier mondial. Selon le Rapport sur l’investissement dans le monde 2026 publié par ONU commerce et développement (CNUCED), la région a attiré 644 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) en 2025. Cela représente environ 40 % des flux mondiaux et plus de 70 % des capitaux orientés vers les économies en développement, à un moment où ces dernières ne progressent que de 2 % contre 11 % pour les pays développés. Toutefois, au-delà de ces volumes impressionnants, l’enjeu majeur réside dans la reconfiguration profonde de la répartition interne de ces capitaux.
La géographie de l’investissement asiatique connaît un glissement stratégique majeur. En 2025, l’Asie du Sud-Est est devenue la première sous-région réceptrice d’IDE, tandis que l’Inde a porté la dynamique de l’Asie du Sud grâce à une hausse spectaculaire de 44 % de ses entrées. De son côté, bien que confrontée à une légère baisse de ses flux (passant de 116 à 105 milliards de dollars), la Chine réoriente avec succès ses captations vers la recherche et développement, la fabrication pharmaceutique et des activités à forte valeur ajoutée. La concentration reste forte : huit des dix principaux pays en développement bénéficiaires sont asiatiques et captent 60 % du total alloué aux économies émergentes.
Ce redéploiement répond directement aux mutations technologiques mondiales. Les secteurs stratégiques tels que les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, l’infrastructure numérique et les technologies de transition énergétique ont représenté 44 % des investissements mondiaux dans de nouveaux projets en 2025, contre seulement 16 % cinq ans plus tôt. Pour tirer parti de ces atouts — réseaux de fournisseurs, capacities industrielles et marchés de consommation —, la priorité pour les nations asiatiques n’est plus à la surenchère d’incitations fiscales, mais au renforcement de la facilitation de l’investissement et à l’intégration des PME locales dans les grands réseaux de production régionaux.
Cette reconfiguration concurrentielle sera au cœur du prochain Forum mondial de l’investissement 2026, prévu à Doha du 25 au 27 octobre sous le thème « Investir dans l’avenir ». En mettant l’accent sur les industries de demain, l’économie numérique et les modèles d’affaires résilients, le sommet qatari viendra sceller ces nouvelles orientations. L’Asie démontre ainsi que son attractivité ne repose plus uniquement sur le coût de sa main-d’œuvre, mais sur sa capacité à piloter la transition numérique et écologique mondiale.
