La Banque centrale du Nigeria (CBN) a enclenché un changement notable de cap monétaire en abaissant son taux directeur de 50 points de base, le ramenant à 27 %. Cette première réduction depuis 2020 marque le lancement d’un cycle d’assouplissement destiné à soutenir l’activité économique dans un contexte de désinflation progressive. La décision, prise à l’issue de la réunion de deux jours du Comité de politique monétaire (MPC) à Abuja, illustre la volonté de concilier relance de la croissance et préservation des acquis en matière de stabilité macroéconomique.
Dans le détail, le comité a abaissé le taux de réserve obligatoire (CRR) des banques commerciales de 50 % à 45 %, afin de stimuler le crédit au secteur privé. Le CRR des banques d’affaires a été maintenu à 16 %, tandis qu’un CRR spécifique de 75 % a été introduit sur les dépôts du secteur public hors Compte unique du Trésor, dans le but d’absorber les excédents de liquidités liés aux injections budgétaires. Parallèlement, le corridor de facilités permanentes (CFP) a été élargi à ± 250 points de base autour du taux directeur, alors que le ratio de liquidité reste inchangé à 30 %.
Le gouverneur de la CBN, Olayemi Cardoso, a expliqué que la décision s’appuyait sur des données récentes et des prévisions qui indiquent une poursuite de la désinflation dans les prochains mois. Il a cité l’effet différé des hausses de taux précédentes, la stabilité du taux de change, la baisse des prix du PMS (carburant) et la modération saisonnière attendue des prix alimentaires avec l’arrivée de la saison des récoltes comme principaux facteurs soutenant cette tendance. Cardoso a également évoqué l’amélioration de la production de pétrole brut et l’augmentation des flux de capitaux comme éléments favorables au maintien de la stabilité macroéconomique.
Les douze membres du MPC ont voté unanimement en faveur de cet assouplissement, illustrant une volonté collective de soutenir la production nationale tout en maintenant les risques inflationnistes sous contrôle. La CBN adopte ainsi une approche graduelle, « en utilisant une aiguille fine » selon les termes de Cardoso, pour relâcher les conditions monétaires sans alimenter une surchauffe. La banque centrale reste vigilante quant à l’excédent de liquidités dans le système bancaire et à son impact potentiel sur les prix, confirmant que la préservation de l’équilibre macroéconomique reste une priorité.
Issouf Kamagaté
