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Réforme de la filière aurifère au Ghana : Vers un nouveau paradigme de gouvernance

par Jocelyne Bosson

L’or demeure le pilier central de l’économie ghanéenne, agissant comme le principal pourvoyeur de devises étrangères et de recettes publiques. Pour remédier aux défis structurels tels que la contrebande et le manque de traçabilité dans le secteur minier artisanal et à petite échelle (MAPE), le gouvernement a instauré GoldBod. Cette entité a pour mission de centraliser la collecte des données et de formaliser la commercialisation. À court terme, les résultats sont tangibles : les exportations ont augmenté, les entrées de devises se sont stabilisées et l’inclusion des mineurs dans les circuits formels s’est améliorée. Toutefois, le passage d’une gestion de crise à une gouvernance de long terme soulève la question de l’adéquation du cadre institutionnel actuel avec les standards de gestion modernes.

La structure actuelle de GoldBod présente une dualité problématique : l’organisation cumule des fonctions de régulation (agrément, contrôle de conformité) et des activités purement commerciales (achat, exportation). Cette fusion engendre des conflits d’intérêts inhérents, car une même entité doit sanctionner des acteurs sur un marché où elle intervient comme un concurrent majeur. Cette situation érode la confiance des investisseurs et compromet l’impartialité de la surveillance. De plus, une telle domination étatique sur l’accès au marché risque de dissuader les acteurs privés — raffineurs et agrégateurs — de se développer, tout en limitant la transparence sur les mécanismes de fixation des prix et les volumes réels d’exportation.

L’examen des modèles internationaux performants souligne qu’une gestion optimale des ressources extractives repose sur une séparation stricte entre l’élaboration des politiques, la régulation et l’activité commerciale. Au Botswana, la surveillance du secteur diamantaire est distincte des opérations de Debswana, qui fonctionne selon le droit des sociétés. Le Canada et l’Afrique du Sud appliquent également ce principe : les autorités provinciales ou ministérielles gèrent exclusivement les permis et les normes, tandis que les entités commerciales, qu’elles soient publiques ou privées, opèrent de manière indépendante. Ces modèles garantissent une clarté institutionnelle et une responsabilité accrue, essentielles à la préservation de la valeur de la ressource.

Pour assurer la pérennité du secteur aurifère ghanéen, une transition vers un cadre institutionnel différencié semble impérative. En s’inspirant des meilleures pratiques mondiales, le Ghana pourrait envisager de scinder les prérogatives de GoldBod pour isoler la fonction de régulateur impartial de celle d’acteur commercial. Une telle réforme permettrait non seulement de renforcer la transparence et la responsabilité, mais aussi d’attirer des investissements privés indispensables à la modernisation de la chaîne de valeur. En clarifiant les règles du jeu, l’État ghanéen maximiserait l’impact macroéconomique de l’or tout en se conformant aux standards de gouvernance internationaux les plus rigoureux.

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