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Orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire : le pari de la rupture et de l’alliance communautaire à Aboisso

par Kamagaté Issouf

Face à la persistance destructrice de l’orpaillage illégal, l’État ivoirien a décidé d’opérer un virage stratégique majeur. Réunies à Aboisso, dans la région du Sud-Comoé, les autorités politiques, les chefs traditionnels et les populations locales ont scellé une alliance inédite. Exprimant cette ambition nouvelle, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, citant Félix Houphouët Boigny, premier Président de la Côte d’Ivoire, a souligné que le moment est venu pour le pays de tirer pleinement parti de son sous-sol. Ce tournant marque le passage d’une politique de répression pure à une gouvernance participative et durable.

Cette ambition s’inscrit dans le cadre d’une politique intégrée reposant sur des piliers d’exigence non négociables. Le ministre a ainsi martelé que l’activité minière ne doit en aucun cas asphyxier l’économie rurale ou se faire au détriment de l’agriculture. Bien au contraire, l’exploitation des ressources souterraines doit être pensée pour profiter directement au secteur agricole et dynamiser le développement des zones rurales. Cette vision d’un développement harmonieux garantit que la richesse minière renforce la résilience économique locale au lieu de la fragiliser.

L’approche gouvernementale s’appuie également sur des impératifs stricts de préservation environnementale et d’équité dans la redistribution des revenus générés. Tout en saluant l’action déterminante des forces de défense et de sécurité sur le terrain, le ministre a émis le vœu que les efforts dépassent la simple neutralisation ponctuelle des sites clandestins. L’objectif affiché est d’assurer une reconquête durable des territoires touchés par ce fléau, en y rétablissant l’autorité de l’État et la protection des écosystèmes.

Pour expliquer la persistance de ce phénomène malgré les efforts passés, le gouvernement dresse un constat lucide fondé sur l’insuffisance du tout-répresif. Selon Mamadou Sangafowa-Coulibaly, la répression seule ne suffit pas à éradiquer un trafic aussi enraciné ; il est impératif d’offrir de véritables alternatives économiques viables aux populations locales. En s’attaquant ainsi aux causes profondes et aux déterminants socio-économiques de l’orpaillage illicite, l’exécutif cherche à tarir les sources d’approvisionnement et de main-d’œuvre des réseaux clandestins.

Afin de briser ce cycle infernal, la tutelle entend propulser les chefs de villages et les riverains aux avant-postes de la vigilance citoyenne. L’État ambitionne de placer les communautés au cœur même de la recherche de solutions pérennes, en instaurant un climat de confiance et de responsabilité partagée. En exigeant un langage de vérité face à ses interlocuteurs, le ministre a rappelé l’urgence d’une mobilisation collective en prévenant que tout le monde sort perdant si ce fléau venait à persister.

En définitive, cette concertation menée à Aboisso dessine les contours d’un nouveau pacte social entre la République et ses territoires. En combinant la rigueur de la loi, la protection de l’environnement et l’autonomisation des acteurs locaux, la Côte d’Ivoire tente de transformer une menace environnementale et sécuritaire en un levier de gouvernance partagée. Le succès de cette stratégie dépendra désormais de la capacité des parties prenantes à maintenir cette alliance sur le long terme pour préserver l’avenir du pays.

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