La Banque du Ghana (BoG) a émis une directive restrictive obligeant les banques commerciales à suspendre tout versement en dollars américains non garanti par des dépôts préalables en devises étrangères. Cette mesure cible spécifiquement les distributeurs de pétrole en vrac, les sociétés minières et autres grands acteurs qui avaient recours à des retraits importants de liquidités en devises sans couverture correspondante. Selon la banque centrale, ces pratiques alimentent une pression artificielle sur le marché des changes et risquent de compromettre la stabilité récemment acquise du cedi.
Cette décision s’inscrit dans un contexte où le Ghana a enregistré une amélioration notable de sa position extérieure. Le pays a dégagé un excédent courant de 3,4 milliards de dollars au premier semestre 2025, soutenu par la vigueur des exportations aurifères et cacaoyères. Les réserves internationales ont progressé à 11,1 milliards de dollars fin juin, offrant une couverture de 4,8 mois d’importations, contre 8,9 milliards fin 2024. Dans le même temps, le cedi s’est apprécié de 40,7 % face au dollar, consolidant sa position comme l’une des monnaies africaines les plus performantes de l’année.
Pour la BoG, l’assainissement des flux de devises demeure néanmoins indispensable. Les banques sont désormais tenues de vérifier l’origine des fonds avant tout décaissement en devises étrangères, avec obligation de documentation complète sous peine de sanctions. Ce renforcement du contrôle vise à prévenir les fuites de capitaux et à garantir une allocation optimale des devises disponibles, en cohérence avec les efforts macroéconomiques engagés dans le cadre des réformes structurelles et du programme de stabilisation.
Toutefois, cette régulation pourrait avoir des répercussions opérationnelles pour certains secteurs stratégiques. Les distributeurs de pétrole, dont l’approvisionnement dépend fortement des règlements en dollars, ainsi que les sociétés minières, pourraient faire face à des contraintes accrues en matière de gestion de trésorerie. Les analystes considèrent cependant la mesure comme un mécanisme préventif visant à consolider les acquis récents en matière de change, tout en préservant la continuité des chaînes d’approvisionnement vitales grâce à une coordination étroite entre la banque centrale, le gouvernement et les opérateurs économiques.
