L’Institut de recherche statistique, sociale et économique (ISSER) met en garde contre une tendance croissante au désinvestissement public au Ghana, malgré les avancées observées dans la consolidation budgétaire. Selon le rapport sur l’état de l’économie ghanéenne (SGER) 2024, la part des investissements dans le PIB n’a progressé que de 0,1 % en un an, passant de 2,4 % à 2,5 %, soit un niveau nettement inférieur aux 6,9 % enregistrés en 2010. L’institut souligne que cette contraction des investissements risque de freiner la croissance à long terme, d’autant que la dette publique, bien qu’en légère baisse à 61,8 % du PIB fin 2024, continue de représenter une contrainte majeure pour le financement de projets productifs.
Le directeur de l’ISSER, le professeur Robert Darko Osei, a insisté sur la nécessité de rendre la dette utile en l’orientant vers des projets capables de stimuler la productivité nationale. Il a rappelé que seule une faible proportion des fonds empruntés a été affectée à des projets d’infrastructure, alors que ces derniers constituent le levier essentiel d’une croissance durable. Pour inverser cette tendance, l’institut recommande une meilleure allocation des ressources publiques, la réduction des dépenses courantes et la création d’une autorité indépendante chargée de superviser la qualité des dépenses publiques. Il suggère également que le gouvernement privilégie les emprunts concessionnels et renforce le rôle du Comité de responsabilité et de gouvernance publiques (PIAC) dans le suivi de la dette.
Au-delà de la gestion budgétaire, le rapport met en lumière une autre dimension du désinvestissement : la dépendance structurelle du pays à un secteur minier peu transformateur. Le professeur Osei a souligné que plus de 84 % des exportations ghanéennes vers l’Afrique du Sud proviennent de l’or, une concentration qui limite la diversification économique et expose le pays aux chocs des marchés mondiaux. Tout en dénonçant les effets environnementaux de l’exploitation illégale de l’or, il a plaidé pour une approche plus scientifique de la régulation minière, fondée sur des analyses coûts-avantages et sur l’investissement dans la recherche pour éclairer les futures politiques publiques.
Pour sa part, l’ancien directeur de l’ISSER, le professeur Peter Quartey, a averti que le désinvestissement productif pourrait s’aggraver si la politique monétaire restait trop restrictive. Bien qu’il ait salué les efforts de la Banque du Ghana dans la maîtrise de l’inflation, il a prévenu que la croissance ne devait pas être compromise. Selon lui, un taux d’inflation « optimal », compris entre 10 et 12 % pour les économies en développement, permettrait de maintenir un niveau d’investissement soutenu et de stimuler l’emploi, sans déstabiliser le cadre macroéconomique.
