Une équipe internationale de 21 scientifiques publie dans Nature un appel à intégrer pleinement les systèmes alimentaires dans les stratégies de lutte contre la dégradation des terres, le changement climatique et la perte de biodiversité. Les auteurs proposent un objectif ambitieux : restaurer 50 % des terres dégradées d’ici 2050, contre 30 % d’ici 2030 actuellement, en combinant réduction drastique du gaspillage alimentaire, exploitation durable du potentiel des océans et pratiques renforcées de gestion des terres. La modélisation montre qu’une baisse de 75 % du gaspillage alimentaire, associée à la maximisation de la production durable issue des océans, permettrait d’économiser une superficie supérieure à celle du continent africain.
L’étude précise que la restauration de 50 % des terres dégradées impliquerait 3 millions de km² de terres cultivées et 10 millions de km² de terres non cultivées, soit 13 millions de km² au total. Cette action doit être conduite en impliquant directement les populations concernées — peuples autochtones, petits exploitants, femmes et communautés vulnérables — et en leur donnant accès à des outils adaptés : transfert des subventions agricoles vers les petites exploitations durables, droits fonciers sécurisés, accès aux technologies et à des marchés équitables. Les auteurs préconisent également la mise en place de taxes foncières différenciées pour récompenser les pratiques durables et pénaliser les activités polluantes, l’étiquetage environnemental des produits alimentaires, ainsi qu’une amélioration des données pour suivre précisément les émissions et l’usage des terres.
Sur le volet du gaspillage alimentaire, les chercheurs rappellent qu’environ 33 % de la nourriture produite est perdue ou jetée, mobilisant inutilement près de 56,5 millions de km² de terres agricoles. Une réduction de 75 % de ce gaspillage permettrait de libérer environ 13,4 millions de km². Pour y parvenir, plusieurs mesures sont proposées : politiques de prévention de la surproduction, suppression des normes rejetant les produits « moches », incitation aux dons et ventes à prix réduit des produits proches de la date de péremption, campagnes de sensibilisation des ménages et amélioration des infrastructures de stockage et transport dans les pays en développement. L’article cite en exemple la récente législation espagnole imposant aux distributeurs de donner ou vendre leurs surplus, et aux restaurants de fournir des contenants à emporter.
Enfin, les scientifiques insistent sur l’intégration des systèmes alimentaires terrestres et marins pour réduire la pression sur les terres. La substitution partielle de la viande rouge issue de systèmes non durables par des produits marins et des algues pourrait limiter l’utilisation des ressources, réduire les émissions et offrir une alternative nutritive. Les algues, en particulier, ne nécessitent pas d’eau douce et absorbent du carbone atmosphérique, ce qui en fait un atout à la fois alimentaire et climatique. Selon les auteurs, ces réformes intégrées peuvent faire passer la santé des terres « de la crise à la reprise » et constituer une voie concrète vers une planète plus saine et plus stable.
Source : UNCCD
