Au deuxième jour du CANEX 2026, la table ronde « Un marché, une culture : bâtir l’économie créative » s’est imposée comme le pivot des réflexions sur l’avenir des industries culturelles du continent. Face à l’essor des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle, l’Union africaine et le ministère de la Culture du Nigeria ont soulevé des enjeux majeurs quant à la souveraineté culturelle et financière. Les débats ont tourné autour d’interrogations fondamentales : « Qui possède le contenu créatif ? Qui est rémunéré pour l’utilisation des ressources africaines afin d’entraîner de nouvelles technologies ? Comment protéger notre propriété intellectuelle, nos expressions culturelles et la viabilité de nos créateurs ? Et comment nous assurer que l’Afrique n’est pas seulement un consommateur d’une nouvelle révolution technologique, mais un producteur, un innovateur et un partenaire d’innovation ? »
Prenant la parole lors de cette session, Amma Twum-Amoah, diplomate ghanéenne et Commissaire à la Santé, aux Affaires humanitaires et au Développement social de l’Union africaine, a recadré le défi structurel auquel fait face le continent. Pour la diplomate, l’enjeu ne réside pas dans le potentiel créatif lui-même, mais dans la capacité des États à bâtir un écosystème solide : « La créativité africaine n’est pas une simple société. Dans ce choix, nous travaillons le plus vite possible en renforcement des mécanismes, les services et les professions », a-t-elle affirmé. Elle a également souligné que si les technologies numériques et artificielles offrent des possibilités inédites de distribution et d’accès aux marchés mondiaux, elles imposent une réorganisation rapide du secteur.
Représentant le secteur cinématographique et théâtral nigérian, Joke Silva, actrice légendaire et figure emblématique de Nollywood, a mis en garde contre l’illusion d’un succès reposant uniquement sur la créativité brute. Rappelant la portée internationale de la culture africaine, l’actrice et metteuse en scène a plaidé pour une structuration industrielle rigoureuse : « À travers l’Afrique et les Caraïbes, nos histoires captivent les spectateurs et nous créons notre culture. Mais le talent seul, malheureusement, ne bâtit pas une industrie. Nous avons besoin d’institutions fortes, de politiques cohérentes en matière d’investissement, de réseaux de distribution et de marchés. Le statut du cinéma africain a l’intention de fournir un mécanisme fondamental pour soutenir cette transformation ».
Poursuivant son intervention, Joke Silva a insisted sur la nécessité vitale pour le continent de reprendre le contrôle de sa chaîne de valeur culturelle, en s’appuyant sur des cadres stratégiques formalisés. « Nous devons également accélérer la mise en œuvre du plan d’action sur les investissements culturels et créatifs. Le plan offre des orientations sur les compétences, le financement, la propriété intellectuelle, l’accès au marché, le développement institutionnel et les politiques fondées sur des données probantes », a-t-elle déclaré. Selon elle, la maîtrise de ces leviers permettra aux créateurs africains de gérer, distribuer et tirer un bénéfice direct de leurs œuvres face aux acteurs mondiaux.
En conclusion de son plaidoyer, Joke Silva a exhorté les décideurs politiques et les institutions financières du continent à dépasser le stade des déclarations d’intention pour matérialiser les réformes. Rappelant l’exigence de résultats concrets pour transformer l’économie créative africaine, elle a fermement interpellé l’assistance : « Mais un plan a un but : il change les réalités. Je vous encourage à traduire ce plan en politiques nationales, en budgets, en programmes et en objectifs mesurables soutenus par des données et la redevabilité ».
