Le rapport « Stablecoin Adoption in Emerging Markets », publié par Yellow Card le 25 août 2025 , met en lumière la montée en puissance des stablecoins comme instruments financiers structurants dans les économies émergentes. Ces actifs numériques indexés sur des monnaies stables, en particulier le dollar américain, répondent à des problématiques systémiques : rareté des devises fortes, frais de transfert prohibitifs et exclusion bancaire. En Afrique, où 650 millions de comptes de mobile money constituent déjà un socle digital solide, 43 % du volume total des transactions en cryptomonnaies sont désormais réalisés via des stablecoins, un taux parmi les plus élevés au monde.
Le Nigéria illustre parfaitement ce basculement. Première économie du continent, il a enregistré 22 milliards de dollars de transactions en stablecoins entre juillet 2023 et juin 2024, soit une adoption massive alimentée par la dévaluation persistante du naira. L’USDT sur le réseau TRON domine avec 88,5 % des flux, grâce à des frais de transaction inférieurs à 1 dollar et une quasi-instantanéité des règlements. Ce cadre opérationnel permet aux PME et aux importateurs d’accéder à une liquidité en devises autrefois inaccessible via les banques traditionnelles, réduisant drastiquement les risques de rupture contractuelle.
L’Afrique du Sud, le Kenya et le Ghana confirment cette dynamique, chacun avec des cas d’usage spécifiques. Dans le premier, les stablecoins surpassent déjà le Bitcoin en volume, notamment pour la gestion de trésorerie des startups technologiques confrontées à la volatilité du rand. Au Kenya et au Ghana, ces actifs facilitent les transferts de fonds et les paiements agricoles, tels que l’assurance récolte basée sur l’USDC. En Zambie et en Ouganda, ils fluidifient le commerce transfrontalier en réduisant les délais de règlement de plusieurs jours à quelques heures, renforçant ainsi l’efficacité des circuits commerciaux régionaux.
Selon Jefferson Iwengue, conseiller juridique pour l’Afrique francophone chez Yellow Card, « les stablecoins ne sont pas seulement une tendance, ils représentent une véritable bouée de sauvetage ». Avec plus de 6 milliards de dollars de transactions facilitées dans 20 pays africains, Yellow Card s’impose comme un acteur central de cette transition. Toutefois, l’essor rapide des stablecoins reste confronté à plusieurs défis : incertitudes réglementaires, interopérabilité limitée entre réseaux blockchain et faible littératie financière des usagers. Le rapport conclut que malgré ces obstacles, les stablecoins s’imposent progressivement comme une infrastructure financière essentielle, capable d’ancrer la liquidité et les échanges transfrontaliers des marchés émergents dans une logique de stabilité et de transparence accrue.
