Face à une raréfaction des ressources, la Banque mondiale, représentée par Lissandro Martin. directeur du département des résultats au Groupe de la Banque mondiale, a placé la redevabilité au cœur de sa stratégie. En mettant en place une scorecard structurée autour de 22 indicateurs clés, l’institution cherche à garantir que chaque investissement se traduit concrètement par une amélioration de la qualité de vie des populations. Cette approche marque un changement de paradigme, passant d’une mesure axée sur les outputs (le simple accès) à une analyse fine des outcomes (l’utilisation effective des services), afin d’assurer une réelle transformation de l’expérience des bénéficiaires.
Dans cette dynamique, M. Martin souligne l’importance capitale de l’ambition dans les objectifs, illustrée par le programme « Mission 300 » (M300). Ce projet, mené en collaboration avec la Banque africaine de développement, vise à fournir un accès à l’énergie à 300 millions de personnes d’ici 2030. Pour les pays francophones d’Afrique de l’Ouest, cet enjeu est crucial, car l’énergie est un levier direct de création d’emplois, de dynamisation du secteur privé et, in fine, de développement économique durable. « On a déjà constaté qu’avec les résultats de la Banque mondiale et de la Banque africaine, 50 millions de personnes ont déjà accès aux résultats. Et ça, c’est un taux de 1,5 plus rapide que la manière dont on l’avait fait avant le M300. Vraiment, il y a encore beaucoup de défis à résoudre, mais clairement, on a vu beaucoup de résultats déjà », explique le fonctionnaire du groupe de la Banque mondiale.
Armand N’Zeymana, directeur de l’impact sur le développement et des résultats à la Banque africaine de développement, à quant à lui salué cette initiative et confirme la nécessité d’une réflexion commune. Pour lui, le partage des enseignements entre institutions multilatérales est essentiel pour comprendre comment les financements canalisés arrivent concrètement à propulser des changements structurels. Il insiste sur l’importance de mobiliser tout l’écosystème, incluant gouvernements, académiciens et société civile, pour garantir l’efficacité des interventions. Selon lui, « Nous travaillons très étroitement parce que nous sommes appelés les institutions multilatérales de développement, nous sommes appelés à harmoniser nos méthodes de mesure des résultats, donc nous avons un travail de collaboration et de partenariat pour pouvoir aligner nos indicateurs, pouvoir travailler sur des initiatives communes comme Mission 300 etc.».
La Côte d’Ivoire est citée par les deux experts comme un laboratoire exemplaire de cette collaboration. Lissandro salue l’alignement entre les priorités nationales et les indicateurs de la Banque mondiale, soulignant que ce partenariat permet de créer des moments de « stock take » pour ajuster la mise en œuvre des plans de développement. De son côté, Armand Zeimana met en avant les avancées remarquables du pays en matière d’accès à l’électricité, tout en rappelant que le défi actuel réside désormais dans l’inclusivité, afin que cet accès profite pleinement aux ménages et aux PME pour générer de l’emploi.
La Banque africaine de développement salue l’alignement entre les priorités nationales de la Côte d’Ivoire et les indicateurs de la Banque mondiale
Au-delà de la mesure quantitative, le directeur du département des résultats au Groupe de la Banque mondiale apporte une nuance importante concernant les pays fragiles : si les indicateurs de santé et d’éducation sont cruciaux, la « narrative du résultat » doit également capturer la construction des institutions et des capacités à long terme, éléments plus complexes à quantifier mais indispensables à la durabilité. Cette vision est partagée par Armand Zeimana, qui place le renforcement des capacités au centre de la stratégie de collaboration.
Enfin, la synergie opérationnelle se cristallise à travers des initiatives communes telles que « Pioneer ». Ce programme, auquel participe la Côte d’Ivoire, vise à harmoniser les méthodes de suivi et d’évaluation, en renforçant les compétences des agences locales d’exécution. En mutualisant leurs efforts et en s’appuyant sur des institutions de formation telles que l’ENSEA, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement visent à instaurer un climat de confiance pérenne entre les gouvernements, les bailleurs de fonds et les populations.
