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La résilience des sols : un nouvel actif financier global

par Kamagaté Issouf

Le rassemblement de centaines de décideurs à Riyad, lors de la COP16, marque un tournant historique dans la perception de la dégradation des terres par le secteur privé. Des industries autrefois perçues comme de simples consommatrices de ressources — finance, mode, agroalimentaire et pharmacie — ont formellement reconnu que la santé des sols est la condition sine qua non de leur pérennité économique.

Cette mobilisation sans précédent s’appuie sur un constat technique alarmant : la perte de la nature menace directement 44 000 milliards de dollars, soit plus de la moitié du PIB mondial. Pour les secteurs des finances et des assurances, cette statistique transforme l’érosion de la biodiversité en un risque financier systémique, obligeant à une révision des modèles de calcul du risque de crédit et d’investissement.

L’appel à l’action lancé par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) ne se limite pas à un vœu pieux, mais exige une accélération des investissements dans des technologies régénératrices. Il s’agit désormais pour les entreprises de passer d’une logique de compensation à une logique d’évitement et de restauration active des écosystèmes dont dépendent leurs chaînes d’approvisionnement.

Transition du modèle extractif vers la collaboration régénératrice

Le Forum « Business for Land » (B4L) a mis en lumière la nécessité vitale pour le secteur privé de redéfinir la nature : elle ne doit plus être vue comme un stock de matières premières à exploiter, mais comme un système de survie interconnecté. Ce changement de paradigme technique implique que des secteurs comme le textile ou l’énergie intègrent désormais la gestion de l’eau et des sols dans leur « Core Business » pour garantir leur propre résilience face aux sécheresses accrues.

L’innovation technologique joue un rôle pivot dans cette transformation, notamment à travers les solutions basées sur la nature (SfN). Ces approches permettent non seulement d’enrayer la dégradation des terres, mais aussi de restaurer les cycles hydrologiques et carbonés, ouvrant ainsi de nouveaux marchés liés aux crédits biodiversité et à l’agriculture de précision durable.

Le succès de cette transition repose sur la capacité des dirigeants, tels que ceux réunis par 1T.org et InTent, à forger des coalitions hybrides. En collaborant étroitement avec les gouvernements, les entreprises peuvent mutualiser les coûts de la recherche et du développement en matière de restauration écologique, transformant un défi environnemental en un levier de croissance verte partagée.

En conclusion, l’impératif stratégique formulé à Riyad souligne que la prospérité humaine et la santé de la planète sont désormais indissociables sur le plan comptable. Investir dans des terres saines n’est plus une option éthique, mais la stratégie d’investissement la plus rationnelle pour sécuriser l’économie mondiale face aux chocs climatiques du XXIe siècle.

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