L’ancien Premier ministre de la transition malienne, Choguel Kokalla Maïga, a été placé sous mandat de dépôt le 19 août 2025 par la chambre d’instruction de la Cour suprême. Cette décision intervient après une garde à vue d’une semaine au Pôle national économique et financier de Bamako, consécutive à une convocation initiale le 1er août, suivie d’un nouvel interrogatoire le 12 août. L’incarcération s’appuie sur des charges présumées d’atteinte aux biens publics, en lien avec un rapport du Bureau du Vérificateur général (BVG).
Les griefs retenus portent sur des faits présumés de faux, usage de faux et malversations financières durant la gestion de plusieurs institutions par Maïga, notamment la Primature, l’Agence de gestion du Fonds d’accès universel (AGEFAU) entre 2020 et 2023, ainsi que l’Autorité malienne de régulation des télécommunications et des postes (AMRTP). Le rapport d’audit fait état d’irrégularités jugées graves, incluant des dépenses non justifiées, l’octroi de prêts douteux, des abonnements téléphoniques sans traçabilité, des frais de mission considérés excessifs et des marchés publics attribués sans procédure transparente.
Au total, les anomalies recensées représentent plusieurs milliards de FCFA, selon le BVG. Ces éléments ont conduit la chambre d’instruction à considérer que la détention provisoire était nécessaire pour garantir la préservation des preuves et éviter toute entrave au déroulement de l’enquête. L’ancien directeur de cabinet de Maïga, le professeur Issiaka Ahmadou Singaré, 80 ans, poursuivi dans le même dossier, a quant à lui échappé à une incarcération en raison de son âge et de son état de santé.
Réagissant par l’intermédiaire de son avocat, Me Cheick Oumar Konaré, Choguel Maïga a déclaré accueillir cette décision « avec sérénité », estimant qu’un homme politique doit « s’attendre à tout, y compris la prison et la mort ». Figure emblématique du Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), Maïga avait été nommé Premier ministre en 2021, avant d’être démis de ses fonctions en novembre 2024 à la suite de critiques adressées aux autorités militaires sur la prolongation de la transition. La chambre d’instruction doit poursuivre l’examen du dossier, aucune date de comparution n’étant pour l’instant arrêtée.
