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L’aviation, moteur de la résurgence économique africaine : l’appel de l’IATA

par Jocelyne Bosson

L’Association du transport aérien international (IATA) positionne désormais l’aviation non plus comme un luxe, mais comme une infrastructure économique vitale pour le continent africain. Lors de la conférence Focus Africa à Addis-Abeba, l’organisation a exhorté les gouvernements à intégrer le transport aérien au cœur de leurs stratégies de développement national. En privilégiant la sécurité, la compétitivité des coûts et la durabilité, les États peuvent transformer ce secteur en un puissant levier de création d’emplois et d’intégration régionale. Selon Kamil Alawadhi, vice-président de l’IATA, les bénéfices socio-économiques à long terme d’un ciel ouvert et accessible surpassent largement les recettes fiscales immédiates prélevées sur les voyageurs, souvent perçues comme un frein à la connectivité.

Le renforcement de la sécurité opérationnelle demeure le socle indispensable de cette ambition. Bien que le taux d’accidents en Afrique se soit amélioré, passant de 12,13 à 7,86 par million de vols entre 2024 et 2025, il reste six fois supérieur à la moyenne mondiale. L’IATA préconise une mobilisation urgente autour du Programme CASIP pour aligner le continent sur les standards de l’OACI, où le taux de mise en œuvre moyen en Afrique subsaharienne (60,34 %) accuse encore un retard notable sur l’objectif mondial de 75 %. Cette mise à niveau passe impérativement par une transparence accrue dans la publication des rapports d’enquête d’accidents — dont seulement 19 % sont finalisés en Afrique contre 63 % ailleurs — et par l’adoption généralisée des audits de sécurité globaux tels que l’IOSA.

Parallèlement à la sécurité, l’IATA pointe du doigt les barrières financières et administratives qui étouffent la compétitivité du secteur. Avec des taxes et redevances supérieures de 15 % à la moyenne mondiale, le coût de l’activité aérienne en Afrique est jugé prohibitif. L’organisation appelle notamment à une révision des redevances API-PNR excessives et à l’application stricte de la décision de la CEDEAO de décembre 2025 visant une réduction de 25 % des frais de navigation. De plus, la problématique des fonds bloqués — atteignant 774 millions USD en mars 2026, dont une part majeure en Algérie — menace directement la viabilité des lignes internationales. Couplée à la persistance des barrières de visas pour la moitié des trajets intra-africains, cette pression financière freine la mobilité et décourage les investissements étrangers nécessaires à l’expansion du réseau.

Enfin, l’avenir du ciel africain se joue sur le terrain de la durabilité et de l’indépendance énergétique. Le continent dispose d’un potentiel immense pour devenir un leader mondial des carburants d’aviation durables (SAF), avec une capacité estimée à 106 millions de tonnes de matières premières issues des résidus agricoles et forestiers d’ici 2050. En alignant leurs politiques sur le régime CORSIA, les États africains pourraient non seulement sécuriser leur approvisionnement énergétique mais aussi générer d’importants revenus via le marché du financement climatique. L’IATA encourage donc les gouvernements à instaurer des cadres incitatifs pour attirer les investissements dans les infrastructures de raffinage, transformant ainsi le défi de la décarbonation en une opportunité industrielle historique pour l’Afrique.

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