Le paysage énergétique nigérian connaît une mutation profonde suite à la signature d’un décret présidentiel par Bola Tinubu. Publié au Journal officiel le 13 février, cet acte ordonne à la Nigerian National Petroleum Company (NNPC) Limited de reverser l’intégralité de ses recettes pétrolières et gazières directement sur le compte de la Fédération. Cette décision vise à mettre fin à un système de déductions massives qui, selon l’administration actuelle, privait les gouvernements fédéral, étatiques et locaux de ressources constitutionnelles essentielles au profit de la trésorerie interne de la compagnie nationale.
L’ordonnance cible spécifiquement les mécanismes de la loi sur l’industrie pétrolière (PIA) de 2021. La présidence estime que l’architecture actuelle de la PIA a permis à la NNPC de détourner plus des deux tiers des revenus potentiels avant leur redistribution. Comme l’a souligné Bayo Onanuga, conseiller spécial du président, la fragmentation du contrôle financier et la multiplication des retenues à la source sont les causes majeures de la baisse continue des recettes pétrolières nettes. Cette reprise en main vise donc à restaurer une transparence budgétaire en centralisant les flux financiers au sommet de l’État.
Sur le plan technique, la NNPC perd immédiatement des avantages financiers substantiels. Le décret supprime notamment la commission de gestion de 30 % sur le pétrole et le gaz bénéficiaires issus des contrats de partage de production et de services à risque. Le gouvernement fédéral a qualifié cette déduction d’injustifiée, rappelant que la société conserve déjà contractuellement 20 % de ses bénéfices pour assurer son fonds de roulement et ses investissements futurs. Ce rééquilibrage financier impose à la NNPC une discipline budgétaire accrue, alignée sur les standards de gouvernance des entreprises publiques internationales.
Enfin, la réforme met un terme au financement automatique du Fonds d’exploration des zones frontalières. En cessant de percevoir les 30 % dédiés à l’exploration spéculative prévus par la PIA, le gouvernement entend éviter l’accumulation de liquidités inutilisées propices aux dépenses superflues. L’administration Tinubu réoriente ainsi ces ressources vers des priorités nationales jugées urgentes, telles que la sécurité, l’éducation, la santé et la transition énergétique. Cette décision marque un virage stratégique : privilégier l’impact social immédiat et la stabilité macroéconomique sur les projets d’exploration à long terme et à haut risque.
