Alors qu’une proposition du Groupe de travail sur les prélèvements de solidarité mondiale (GSLTF) vise à instaurer une taxe sur les voyageurs premium pour générer jusqu’à 90 milliards de dollars par an, l’Association du transport aérien international (IATA) alerte sur les effets déstabilisateurs qu’une telle mesure aurait sur l’économie du transport aérien mondial. Selon l’IATA, cette ponction fiscale, censée financer la transition climatique dans les pays en développement, repose sur une méconnaissance profonde de la rentabilité réelle du secteur aérien, dont la marge nette moyenne reste limitée à 3,4 % malgré une reprise post-Covid.
L’IATA souligne que l’industrie aérienne, bien qu’en croissance, reste vulnérable et fortement capitalistique. En 2024, ses bénéfices nets mondiaux sont estimés à 32,4 milliards de dollars, soit moins du tiers des recettes que la taxe ambitionne de prélever. Pour l’organisation, taxer les classes premium — qui assurent une part substantielle de la rentabilité des routes aériennes — reviendrait à compromettre l’équilibre économique de nombreuses compagnies, avec des répercussions en chaîne : hausse des tarifs pour les classes économiques, baisse de la connectivité internationale, surtout dans les pays à faibles volumes de trafic, et contraction de l’investissement dans l’innovation technologique.
Sur le plan environnemental, l’IATA rappelle que le transport aérien dispose déjà d’une stratégie globale crédible pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Cette trajectoire repose notamment sur l’adoption progressive des carburants d’aviation durables (SAF), le système international de compensation carbone (CORSIA), ainsi que sur l’optimisation opérationnelle et technologique des flottes. Pour l’IATA, ces efforts nécessitent justement des financements massifs et ciblés, que cette nouvelle taxe risquerait de détourner ou de décourager.
Enfin, une étude internationale commandée par l’IATA révèle une opinion publique majoritairement sceptique face aux taxes climatiques dans le secteur aérien : 79 % des répondants estiment déjà les vols trop taxés, et 74 % doutent de l’efficacité des gouvernements dans l’utilisation des fonds collectés. En lieu et place d’une fiscalité punitive, le public préfère des mesures orientées vers la technologie, la recherche et le soutien à la production industrielle de carburants verts. Pour l’IATA, une fiscalité mal calibrée ne ferait qu’alourdir un secteur stratégique, tout en freinant les leviers économiques réels de la transition énergétique.
