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Repenser la chaîne d’approvisionnement aéronautique mondiale : l’IATA et Oliver Wyman tirent la sonnette d’alarme

par Issac le Blanc

L’Association du transport aérien international (IATA), en partenariat avec le cabinet de conseil mondial Oliver Wyman, a publié un rapport conjoint intitulé Reviving the Commercial Aircraft Supply Chain. Ce document met en lumière les profondes perturbations que traverse actuellement la chaîne d’approvisionnement de l’industrie aérospatiale. Les retards de production d’aéronefs et de pièces de rechange contraignent les compagnies aériennes à prolonger l’exploitation de leurs flottes vieillissantes. En 2024, les commandes en attente ont atteint un record historique de 17 000 appareils, contre une moyenne annuelle de 13 000 avant 2020, illustrant l’ampleur du déséquilibre entre la demande et la capacité de production mondiale.

Cette situation engendre des coûts additionnels évalués à plus de 11 milliards de dollars pour l’année 2025, répartis sur quatre principaux postes. Les dépenses de carburant excédentaires, estimées à 4,2 milliards de dollars, proviennent de l’utilisation d’aéronefs plus anciens et moins efficients. La maintenance accrue des flottes, représentant 3,1 milliards de dollars, reflète l’usure des appareils vieillissants. À cela s’ajoutent 2,6 milliards de dollars liés à la hausse des coûts de location des moteurs, dont les périodes d’immobilisation sont plus longues, et 1,4 milliard de dollars imputés à l’augmentation des stocks de pièces de rechange. Parallèlement, la demande mondiale de transport aérien progresse rapidement : en 2024, le trafic passagers a bondi de 10,4 %, tandis que la capacité n’a crû que de 8,7 %, portant le taux d’occupation à un niveau record de 83,5 %.

Selon Willie Walsh, directeur général de l’IATA, « les compagnies aériennes font face à des délais sans précédent pour les aéronefs, les moteurs et les pièces, ce qui accroît les coûts et limite leur capacité à répondre à la demande ». Le rapport identifie plusieurs leviers d’action pour atténuer ces perturbations : ouvrir l’après-marché afin d’élargir l’accès aux pièces et aux services, accroître la transparence sur l’état de la chaîne d’approvisionnement pour anticiper les blocages, et exploiter les données issues de la maintenance prédictive pour optimiser les stocks et réduire les immobilisations. Ces pistes visent à renforcer la résilience de l’écosystème aéronautique face à un environnement marqué par les tensions géopolitiques, la rareté des matières premières et la pression sur le marché du travail.

Enfin, le rapport souligne la nécessité d’une approche stratégique et collaborative entre les fabricants d’équipements d’origine (OEM), les bailleurs, les fournisseurs et les compagnies aériennes pour rééquilibrer la chaîne de valeur. Il recommande d’accroître les capacités de réparation, de soutenir les solutions de pièces alternatives et d’adopter des techniques de fabrication avancées pour fluidifier la production. Pour Matthew Poitras, associé chez Oliver Wyman, l’industrie dispose d’une opportunité historique de remodeler ses pratiques : « La flotte mondiale est aujourd’hui plus performante et efficiente que jamais, mais seule une action collective et une meilleure transparence permettront d’enrayer durablement les défaillances structurelles du secteur. »

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