La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a salué, le mardi 4 novembre, l’engagement d’Afreximbank pour l’organisation de la 25ᵉ édition de l’Afreximbank Trade Finance Seminar (ATFS), un rendez-vous majeur consacré au financement du commerce africain. Selon l’institution régionale, cette rencontre illustre la convergence de visions entre les acteurs financiers du continent autour d’un objectif commun : bâtir un commerce africain solide, compétitif, inclusif et innovant. Pour la BCEAO, le commerce demeure un levier essentiel du développement économique, moteur de recettes fiscales, de stabilité monétaire et de croissance inclusive. Il constitue, par ailleurs, un catalyseur d’intégration régionale, favorisant la résilience des économies africaines face aux chocs externes.
Pourtant, ce potentiel est freiné par un déficit structurel de financement, a souligné le directeur national de la BCEAO en Côte d’Ivoire, Chalouho Coulibaly, représentant le gouverneur Jean-Claude Kassi Brou. Citant une étude conjointe de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), il a rappelé que les financements disponibles ne couvrent que 40 % des transactions commerciales africaines, contre 80 % à l’échelle mondiale. L’Organisation mondiale des assurances (OMA) estime même cette couverture à 25 %, tandis que la Banque africaine de développement (BAD) évalue le déficit de financement du commerce extérieur à plus de 80 milliards de dollars américains. Ces données mettent en lumière l’ampleur du défi à relever, malgré les initiatives entreprises pour stimuler l’intégration économique et les échanges intra-africains.
En 2024, dit-il, la part des échanges entre pays africains ne représentait que 14,4 % de leurs transactions mondiales, un niveau encore insuffisant pour impulser une dynamique continentale durable. Pour les acteurs financiers cette faible intégration s’explique par des contraintes multiples : manque d’instruments financiers spécialisés, coût élevé du crédit bancaire, accès limité aux financements alternatifs et faiblesse des dispositifs d’assurance commerciale. Dans un tel contexte, la BCEAO plaide pour la mise en place de mécanismes de financement innovants, capables de répondre aux spécificités structurelles des économies africaines. « Les PME/PMI, principales pourvoyeuses d’emplois, doivent pouvoir bénéficier d’un environnement financier plus souple et mieux adapté. Les performances récentes de l’espace UEMOA, avec des recettes d’exportation estimées à 27 867 milliards de francs CFA en 2024 — en hausse de 13,6 % sur un an et représentant 20,6 % du PIB —, montrent que le potentiel existe. Les secteurs agricoles et miniers, en particulier, contribuent déjà à la consolidation des projets structurants et à la création de valeur locale », affirme le directeur national de la BCEAO.
A l’en croire, l’amélioration de l’accès au financement du commerce, couplée à une réduction des coûts logistiques, pourrait générer 26 milliards de dollars de revenus supplémentaires par an pour l’Afrique de l’Ouest, selon la Banque mondiale. Pourtant, la part du continent dans le commerce mondial demeure limitée à 2,6 %, d’après la CNUCED, traduisant la nécessité d’un changement de paradigme. Les instruments traditionnels — lettres de crédit, garanties bancaires, avals —, bien qu’efficaces, ne suffisent plus à soutenir la montée en puissance du commerce africain. Dans cette optique, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), estimée à 3 400 milliards de dollars américains, représente une opportunité stratégique majeure. Elle constitue le cadre idéal pour expérimenter, à l’échelle continentale, de nouveaux outils de financement et d’intégration commerciale, capables de transformer durablement la compétitivité des économies africaines.
