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COP17 : Un tournant capital vers la réforme mondiale des subventions environnementales

par Redaction

À l’occasion de la COP17 organisée à Erevan (Arménie), la présidence franchi un autre cap pour le climat et les écosystèmes en lançant l’« Appel d’Erevan en faveur d’incitations positives pour la biodiversité ». Cette déclaration de haut niveau fixe un cap ambitieux : engager les gouvernements et l’ensemble des parties prenantes à réorienter 500 milliards de dollars de subventions d’ici 2030. Pour concrétiser cette vision sur le terrain, cette annonce s’accompagne de deux piliers majeurs : le lancement d’une coalition inédite réunissant décideurs publics et acteurs privés pour piloter un plan d’action conjoint, ainsi que la mise en place du « Défi d’Erevan pour le financement de la biodiversité ». Ce dernier permettra d’accompagner techniquement et financièrement chaque pays dans la révision de ses incitations fiscales et l’intégration de la biodiversité au cœur des budgets publics.

Ce virage politique et économique intervient alors que le bilan mondial sur le financement de la nature révèle une situation critique, marquée par un déficit annuel d’investissement de plus de 1 300 milliards de dollars. Ce fossé s’explique principalement par la persistance de soutien public à des pratiques destructrices : selon une récente étude du Paulson Institute, les gouvernements consacrent en un seul mois plus d’argent à des subventions préjudiciables à la nature qu’ils n’en allouent à sa protection sur une année entière. Par ailleurs, Conservation International évalue l’impact global de ces subventions nuisibles à des coûts cachés colossaux, oscillant entre 11 000 et plus de 24 000 milliards de dollars par an pour l’économie mondiale.

Face à cette urgence, les leaders du monde agricole et agroalimentaire rappellent qu’une transition durable requiert impérativement un alignement entre l’action publique et les engagements du secteur privé. Christopher Adamo, responsable de l’impact mondial en matière de durabilité et du mouvement B Corp chez Danone, souligne ce besoin de synergie collective : « Les agriculteurs sont les principaux gardiens de nos sols et de nos ressources en eau ; pourtant, ils font face à des pressions économiques et environnementales croissantes. Nous investissons pour contribuer à bâtir des chaînes d’approvisionnement agricoles plus résilientes, mais une transformation à grande échelle ne peut être réalisée que grâce à une collaboration entre les entreprises, les décideurs politiques et l’ensemble des chaînes de valeur. Aucune entreprise ne peut mener cette transition seule. Des incitations et des politiques adaptées peuvent accélérer ce changement, tout en renforçant la compétitivité, la résilience et la viabilité à long terme des systèmes agricoles. »

Du côté de la filière cosmétique et de l’approvisionnement biologique, l’annonce des initiatives d’Erevan et du groupe « Amis de l’Objectif 18 » est perçue comme un signal fort de responsabilisation fiscale des États. Raphaëlle Archambeaud-Sicot, directrice du développement durable pour L’Occitane en Provence, exprime ainsi l’attente du secteur face au cadre réglementaire : « Tout ce que nous créons puise sa source dans la nature. Nos produits dépendent de plantes cultivées par des agriculteurs, en Provence et au-delà, ainsi que de sols sains, d’une eau propre et des pollinisateurs qui permettent à ces cultures de prospérer. Lorsque la nature se dégrade, nos chaînes d’approvisionnement en pâtissent également. Pourtant, les fonds publics récompensent encore trop souvent des pratiques néfastes, au lieu d’encourager des démarches durables. L’« Appel d’Erevan » (Yerevan Call) et l’initiative « Amis de l’Objectif 18 » (Friends of Target 18) témoignent du fait que les gouvernements sont à l’écoute et prêts à opérer un changement. Réformer les incitations fiscales et financières permet de récompenser les producteurs durables et donne aux entreprises la confiance nécessaire pour investir dans une résilience à long terme. »

Enfin, l’industrie financière réaffirme la nécessité de réaligner les flux de capitaux internationaux avec les impératifs écologiques, rappelant qu’une finance responsable exige un cadre législatif clair et cohérent. Jacco Minnaar, directeur commercial et membre du conseil d’administration de Triodos Bank, salue ces engagements conjoints : « Une part trop importante des capitaux continue d’être orientée vers des activités qui entraînent la perte de biodiversité, tandis qu’une part insuffisante soutient la nature. C’est pourquoi nous saluons vivement l’annonce faite aujourd’hui par la présidence de la COP17 concernant l’« Appel d’Erevan » et l’initiative « Amis de l’Objectif 18 ». Si les institutions financières ont la responsabilité de réorienter les capitaux, les gouvernements jouent également un rôle crucial en faisant évoluer les mécanismes incitatifs qui déterminent la destination des flux financiers. Ensemble, ces transformations peuvent permettre au secteur financier de s’éloigner des activités destructrices pour la nature, au profit de sa protection et de sa restauration. »

 

Source : Lianna Mason

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