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Delta du Nil : quand l’eau des fermes piscicoles met en péril l’avenir des nappes phréatiques

par Jocelyne Bosson

Une récente étude publiée dans la revue Water Science met en lumière une menace environnementale à long terme pour les nappes phréatiques du nord-est du delta du Nil. Menée sur une zone de 349 kilomètres carrés où l’aquaculture représente près d’un quart de la superficie, la recherche s’est penchée sur l’utilisation des eaux du canal de Bahr El-Baqar dans les fermes piscicoles. Si les analyses des échantillons d’eau souterraine prélevés en 2025 ne révèlent aucune contamination actuelle, l’eau d’aquaculture affiche en revanche des concentrations élevées en métaux lourds, notamment en cadmium, cobalt, plomb, chrome et nickel, faisant redouter une accumulation progressive au fil des ans.

Pour anticiper ce risque, l’équipe dirigée par Mohammed Hagage, chercheur à l’Autorité nationale égyptienne pour la télédétection et les sciences spatiales, a développé un modèle informatique simulant la migration des polluants sur une période de 50 ans. Les projections indiquent que les panaches de contamination progresseront vers le sud-est selon l’écoulement des eaux souterraines, le cadmium se positionnant comme le polluant le plus critique avec une masse stockée estimée à environ 291 000 kilogrammes en fin de simulation. Parallèlement, le réseau de canaux d’irrigation agit comme un piège hydrologique, contenant partiellement la propagation mais s’exposant à une dégradation progressive de la qualité de ses eaux.

Face à ces projections, les auteurs préconisent des mesures correctives strictes, exigeant notamment un traitement préalable de l’eau de Bahr El-Baqar avant son utilisation en aquaculture, ainsi qu’une révision à la hausse des normes de qualité et la mise en place d’une surveillance continue des aquifères et des réseaux d’irrigation. Ces recommandations visent à enrayer la dégradation des ressources hydriques régionales avant que les seuils critiques ne soient atteints dans les décennies à venir.

Néanmoins, les chercheurs appellent à une interprétation prudente de ces résultats, soulignant plusieurs limites méthodologiques significatives. L’insuffisance de données historiques sur les métaux lourds, l’utilisation de valeurs géochimiques issues d’études antérieures et l’hypothèse de conditions hydrogéologiques stables confèrent à ce modèle une valeur de scénario prévisionnel à long terme plutôt que de prédiction absolue. L’étude, réalisée sans financements spécifiques déclarés ni conflits d’intérêts, ouvre ainsi la voie à une gouvernance renforcée des ressources en eau dans les zones éco-aquacoles intensives.

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