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Digitalisation des finances publiques dans l’UEMOA : le Trésor ivoirien à l’assaut de l’intégration monétaire régionale?

par Kamagaté Issouf

À l’ère du numérique, la modernisation des infrastructures financières publiques n’est plus un luxe technique, mais un impératif de souveraineté budgétaire. L’intégration du Trésor public ivoirien à la Plateforme interopérable du système de paiement instantané (Pi-Spi) de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) marque une avancée décisive pour la zone UEMOA. En franchissant ce cap sous la conduite de son directeur général, Ahoussi Arthur Augustin, l’administration financière de la Côte d’Ivoire démontre sa capacité à aligner sa gestion budgétaire sur les meilleurs standards technologiques internationaux.

La Pi-Spi, conçue par la BCEAO pour unifier l’écosystème transactionnel ouest-africain, impose des critères de sécurité, de compatibilité et de performance particulièrement rigoureux. L’habilitation du Trésor public ivoirien atteste que ses architectures informatiques et réglementaires satisfont pleinement à l’ensemble des normes exigées. Cette validation technique permet désormais à l’État d’exécuter des paiements de masse de manière instantanée, automatique et sécurisée, consolidant la crédibilité financière du pays au niveau communautaire

Sur le plan opérationnel, cette interconnexion transforme radicalement les mécanismes d’exécution de la dépense publique. Qu’il s’agisse du versement des salaires de la fonction publique, de l’attribution des bourses d’études ou du paiement des subventions sociales, les flux financiers sont directement acheminés vers le compte du bénéficiaire, peu importe sa banque ou sa solution de monnaie électronique. En supprimant les délais de traitement et les frictions intermediées, l’État gagne en efficacité opérationnelle tout en garantissant un impact social immédiat.

Au-delà de la rationalisation des décaissements, l’accès à la Pi-Spi reconfigure en profondeur les modalités de collecte des ressources publiques. L’imposition d’un système interopérable offre aux contribuables — particuliers comme entreprises — une diversité de moyens de paiement simples et accessibles pour s’acquitter de leurs impôts, taxes et redevances. En fluidifiant ces démarches, l’administration réduit significativement l’évasion fiscale involontaire liée à la complexité administrative et encourage un civisme fiscal de proximité.

La traçabilité en temps réel comme gage de transparence

L’un des apports majeurs de ce dispositif réside dans la visibilité instantanée sur les mouvements de capitaux. Le suivi en temps réel des transactions offre aux régisseurs et aux décideurs publics un tableau de bord précis de la trésorerie nationale. Cette traçabilité renforcée limite considérablement les risques de déperdition de fonds, de fraude ou d’erreurs comptables, répondant ainsi aux exigences accrues de transparence exigées par les partenaires au développement et les marchés financiers.

L’automatisation des opérations financières publiques génère également d’importantes économies d’échelle pour l’État. Les coûts élevés associés au traitement manuel des chèques, aux manipulations d’espèces et aux commissions intermediées traditionnelles sont drastiquement réduits. Ces ressources financières et humaines ainsi libérées peuvent être réorientées vers des tâches à plus forte valeur ajoutée, comme l’audit interne, l’analyse prévisionnelle ou le contrôle de gestion budgétaire.

L’interopérabilité offerte par la plateforme de la BCEAO contribue directement à l’inclusion financière des populations. En permettant au Trésor d’interagir directement avec les portefeuilles électroniques (mobile money) et les comptes bancaires de proximité, les usagers vivant dans des zones rurales ou enclavées ne sont plus contraints de se déplacer vers les caisses physiques de l’administration. Le service public financier devient ainsi véritablement accessible à tous les citoyens.

Dans un contexte mondial caractérisé par la volatilité des marchés financiers et le renchérissement du crédit, les pays de l’UEMOA font face au défi urgent d’accroître leur autonomie financière. L’amélioration du recouvrement des recettes internes grâce aux outils numériques constitue le levier le plus durable pour financer les infrastructures majeures et soutenir les politiques publiques de développement, sans aggraver la dette extérieure.

La Côte d’Ivoire, catalyseur et modèle pour la zone UEMOA

En jouant les premiers rôles dans le déploiement opérationnel de la Pi-Spi, la Côte d’Ivoire confirme son statut de moteur économique de l’Union. Ce succès démontre la viabilité et la pertinence des projets d’intégration régionale portés par la BCEAO. L’expérience ivoirienne fournit ainsi un cadre de référence concret et une méthodologie éprouvée pour les autres États membres qui cherchent à moderniser leurs propres chaînes de valeur financières.

Pour que l’espace UEMOA tire le plein potentiel de ces innovations, une adoption généralisée par l’ensemble des pays de la sous-région est indispensable. En incitant ses pairs à emboîter le pas, la Côte d’Ivoire impulse une dynamique collective vers une véritable union financière numérique. L’alignement de l’ensemble des Trésors publics de l’Union sur la Pi-Spi est la clé de voûte d’un espace économique unifié, moderne, hautement performant et résilient face aux chocs économiques futurs.

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