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Côte d’Ivoire : Le modèle de la SAP Adzopé, un rempart technique contre la désertification

par Kamagaté Issouf

En Côte d’Ivoire, la dégradation des terres n’est plus une fatalité théorique, mais un défi opérationnel pour les producteurs de café-cacao et de cultures maraîchères. Face à l’augmentation de 29 % de la fréquence des sécheresses depuis l’an 2000, le secteur agricole ivoirien opère une transition critique. À Adzopé, la Société Agro-Piscicole de la Mé (SAP) s’impose comme un laboratoire à ciel ouvert où l’innovation biologique remplace les intrants chimiques pour restaurer la résilience des sols.

Au cœur de cette stratégie, l’usage du compost biologique redéfinit les standards de fertilisation. Le père Barnabé Bakary, ingénieur agronome formé à l’école de Purpan et directeur de la SAP, y déploie des protocoles techniques précis. Selon la granulométrie des déchets organiques (résidus de basse-cour, feuilles mortes), le cycle de production varie : un mois pour un système avec retournement actif et broyage fin, contre six mois pour un ensemencement passif. Ce processus permet de stabiliser l’humus et de recréer une activité microbienne indispensable à la survie des cultures de rente.

Sur un domaine dépassant les 700 hectares, la SAP a réussi le tour de force de reboiser une centaine d’hectares de forêt dense. Le modèle repose sur une mixité culturale stratégique : 120 ha d’hévéa, 10 ha de palmier à huile, et des parcelles tests de caféiers et cacaoyers intégrés sous ombrage. Cette approche agroforestière ne se contente pas de produire ; elle recrée un microclimat, protège le sol de l’érosion hydrique et favorise la séquestration du carbone, répondant ainsi directement aux objectifs nationaux de restauration des terres.

Maîtrise hydraulique et résilience de la nappe phréatique

L’innovation la plus marquante réside dans la gestion de l’eau. En créant de vastes barrages artificiels pour recueillir les eaux de pluie, la SAP a mis en place un système de production piscicole en strates, produisant jusqu’à 8 tonnes de poissons par an. Cette technique d’aquaculture en circuit fermé offre une alternative vitale face à la pollution des cours d’eau par l’orpaillage clandestin (mercure). Plus spectaculaire encore, cette gestion hydrique a permis de recharger la nappe phréatique locale : les populations n’ont plus besoin de forer à 50 mètres de profondeur, l’eau étant désormais accessible dès 30 mètres.

La portée du projet dépasse l’échelle locale. En s’alignant sur l’objectif mondial de restaurer 1,5 milliard d’hectares de terres d’ici 2030, la Côte d’Ivoire mise sur la rentabilité de la nature. Comme le rappelle le ministère de l’Environnement, chaque dollar investi dans la restauration des terres peut générer jusqu’à 30 dollars de bénéfices économiques. Le passage aux engrais biodégradables devient alors un pilier de la transition écologique ivoirienne, garantissant une fertilité durable face aux chocs climatiques.

La SAP d’Adzopé est devenue un centre d’excellence attirant de nombreux ingénieurs agronomes en quête de solutions concrètes. Cette dynamique souligne l’importance du partage d’expertise, un thème central lors des récents séminaires de formation des journalistes africains à Abidjan. La lutte contre la désertification nécessite une synergie entre les acteurs de terrain, les décideurs politiques et les médias pour vulgariser ces stratégies de gestion durable et mobiliser l’opinion publique.

En conclusion, l’exemple de la Mé démontre que la réponse à l’érosion de la biodiversité et au changement climatique réside dans une approche systémique. La réussite de la SAP prouve que l’agriculture de demain sera celle qui collabore avec l’écosystème plutôt que de l’épuiser. Pour Yeo Nanpari Elisé, représentant du ministre de l’Environnement, le défi est clair : seule une appropriation collective des problématiques de la sécheresse permettra de sécuriser le patrimoine foncier et alimentaire de la Côte d’Ivoire pour les décennies à venir.

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